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Homélie du 24 décembre 2017 – 4eme dimanche de l’Avent

Bientôt Noël ! 

La première étoile apparaît dans le ciel, sans nuage cette fois-ci. On peut commencer le repas de Noël. Douze plats, comme Douze apôtres qui vont suivre Jésus dans sa vie, dans sa mort jusqu’à la victoire de la vie dans sa vie, dans leur vie, dans la nôtre.

Combien est-on à table, demande Thibault, en chef de la fratrie ? Sept, comme Sept jour de la semaine. J’entends déjà  la dispute  entre les enfants pour savoir  à qui reviendra le samedi et à qui le dimanche. Ils ne savent pas encore que si samedi est important, ce n’est pas à cause d’une journée fériée supplémentaire. Il y a donc 12 plats pour 7 personnes: deux parents quatre enfants  et une grand-mère, mère de la mère.

Il y aura bien évidemment dès cadeaux. Mais pour cela il va falloir attendre. C’est pénible d’attendre pour des choses que l’on désire, de bonnes choses qu’on désire. Pourquoi toujours attendre. Comme si en attenant il fallait faire quelque chose d’autre. Quelque chose d’important, indispensable pour pouvoir accueillir ce que l’on attend. Mais quoi ? Sinon l’ennui est mortel. Une chose est sûre, les grands, ils ont parfois des idées bizarres et leurs décisions ne sont pas toujours le résultat d’un meilleur choix.

Mais, puisque c’est promis, on l’attend. Et pour faire passer le temps les enfants aident volontiers à décorer la maison et mettre la table. Cette fois-ci tellement de choses à  y mettre. Différentes formes d’assiettes empilées les unes sur les autres, commençant par le plus grandes et finissant par les plus petites; des couverts en pagaille, pardon bien rangés, prêts à être utilisés, comme il se doit. 

Maman, on a déjà tout mis, comme tu nous l’avais dit, viens voir! Maman, qui a déjà supervisé la majeure partie de l’opération, sort de la cuisine et jette un coup d’oeil attentif sur la table. Parfois les fourchettes et couteaux ne sont pas dans le bon ordre, il manquait aussi deux sous-plats, mais avec ce petit arrangement finalement tout semble prêt. Sur ce arrive la grand-mère retirée de sa sieste vespérale. Elle inspecte la situation et profère un verdict qui ne souffre aucune contestation.

Mes enfants, s’adresse-t-elle pêle-mêle aussi bien à  ses petits enfants qu’à sa fille. Je viens de compter le nombre d’assiettes à table. Il en manque une. Ah bon ! Tous s’exclament en choeur, même Marguerite qui a à peine 5 ans et pour qui compter n’est pas son fort. La fille de la grand-mère connaissant si bien sa mère se doute de quelque chose. Pendant ce temps-là, la grand-mère continue à pérorer: je vous dis qu’il manque une assiette. 

Tout le monde refait le compte et tous arrivent au même résultat.  Sept, ni plus ni moins. Sept, exactement comme le nombre de personnes prévues. La grand-mère s’obstine.  Cela devient un peu dérangeant. Elle ne donne aucune autre explication en répétant ; il me faut une assiette de plus.

Mamie, ose Arthur avec sa grosse voix d’un mutant, pardon qui mue, soit tu nous dis pourquoi il manque une assiette, soit tu nous laisse tranquille parce que on n’a pas que ça à faire. Pour être tendu, c’est tendu. Le franc-parler de l’ado, au lieu de résoudre le problème, aggrave la situation en mettant de l’huile sur le feu. Mamie est toujours dans son état d’alerte maximal. Les autres peu à peu le deviennent aussi.

Ce silence embarrassant est interrompu par la petite. Je sais, s’écrit Margueritte, tout contente de sa trouvaille: c’est parce que, c’est parce que…il y a un invité surprise.  Cette nouvelle laisse tout le monde sans voix, y compris la fille de la grand-mère.  Personne n’était au courant.

Les supputations vont bon train. Pour l’un c’est le cousin étudiant dans la même ville brouillé avec son père, qui finalement reste au lieu d’aller dans sa famille. Pour l’autre, c’est la tente Jeanne qui est seule depuis le décès de son mari l’été dernier. La soeur cadette se met alors à rêver de pouvoir retrouver sa meilleure amie. Mais celle-ci est si loin. Encore plus loin est son papi, on sait que les morts c’est perdu pour toujours, car eux, ils ne reviennent plus.

Tout cela ne calme pas l’alerte de la grand-mère. Quant à la vue de l’obstination  de grand-mère  le désarroi s’empare de tout le monde.  Tout à coup Thibault, qui n’a rien dit jusqu’à lors, un peu timidement, prend la parole. Pour une fois on va l’écouter, car dans cette situation on ne sait plus à quel saint se vouer. On ne va pas tout de même se laisser gâcher la fête pour une histoire d’assiette. Et en plus cela devient surtout l’histoire de la grand-mère. Qu’est-ce qu’elle peut être pénible quand elle s’y met.  

Hier soir, explique Thibault, à la séance de l’aumônerie on a parlé du partage.  On est allé manger au restaurant et on nous a expliqué que c’était pour fêter le dernier repas de Jésus  que Jésus avait partagé avec ses disciples. Je n’ai pas très  bien compris, quel rapport entre ça  et Noël. Mais, on nous a dit  que pour vivre dans le partage à  Noël, on met une assiette pour le pauvre.

La grand-mère se déride, enfin ! Son oeil s’éclaire. Marguerite  s’exclame victorieuse d’une rude épreuve. Je vous ai dit : un invité surprise. Oh, d’accord, c’est bon, tu ne vas pas en rajouter ! Les autres essaient de la faire taire ; gênés, mais surtout soulagés parce que ce moment un peu pénible enfin se termine. Tant de bruits pour pas grand-chose. Une assiette de plus pourquoi pas ?! Mais bon.

Arthur se met à regretter n’est pas être parti avec les cousins qui eux ils sont déjà en vacances en Australie. Au moins là-bas, il n’y aura pas d’assiettes à gaspiller et d’ailleurs personne n’y pensera. Alors que Thibault se dit que ce n’est pas juste, car un type va s’empiffrer de nos plats, alors que tous les autres n’en auront toujours rien.

Sur ce, Chloé déclare haut et fort : D’accord, mais maintenant au boulot. Et que Noël commence. Enfin se dit Margueritte, comme cela je pourrais montrer mes cadeaux à l’invité surprise. Et peut-être bien qu’il voudra qu’on joue ensemble! C’est aussi cela Noël !

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